Elles se demandent toutes : qui est devenu qui ? Nées d’un même ventre qui se perpétue, à la manière d’une poupée russe emboîtée. Les visages silencieux de l’artiste Noémie Ninot s’interrogent sur la scène à jouer. Elles ne reconnaissent plus leur corps ni leur peau. Ces dernières, en quête d’auteur, se regardent entre elles. Où est passée celle que j’étais ? Celle que je deviendrai ? Ou celle que je suis ?
Dans ce réel préfabriqué, où les tapisseries pleurent le passé et les objets n’ont pas bougé, les visages, eux, s’échangent et jouent d’un théâtre de l’intime. La maison se laisse habiter par des étrangères qu’elle ne définit plus. Les voisins que nous sommes en guise de spectateurs ont tiré le rideau, et nous assistons à la pérennité de la banalité. Tels les photogrammes tirés d’un film d’Ingmar Bergman, la série immisce l’étrange dans le néant. Tout est là, figé, où les hasards et les accidents ont disparu. Les protagonistes de l’adresse “Loggerstraat 22, Zaandam” n’arrivent plus à s’échapper, elles sont coincées telles des marionnettes dans leur condition. La morbidité des masques efface leurs voix, elles ne parlent pas, ne crient pas, elles n’ont jamais de dialogues. Ce que nous entendons dans ces images sont leurs gestes mécaniques, la cuillère qui racle une assiette, un pas dans un couloir ou le bruit d’un robinet.
Chaque mouvement est marqué par une posture, une affirmation du caractère qu’elles ne peuvent pourtant cacher. L’incarnation des personnages que nous aimons interroge notre moule initial. Celui d’une histoire qui tourne perpétuellement, se répète, comme un scénario où et le début et la fin se confondent. Noémie Ninot pétrifie ici par la fiction de sa mère, sa grand-mère, un présent inversé, où le silicone qui coule sur leurs visages interroge leurs identités imbriquées.
Texte d’Evan Argento.
AGENDA
5 juillet - Vernissage
19 juillet - Performance de Gabrielle Lévie
Commissariat : Suzie Crespin Thirode
Photos : Noémie Ninot, Suzie Crespin Thirode, Alain Declercq.